Le week-end suivant le départ de Victor, on me proposa une sortie en discothèque. Ce que j'acceptai avec plaisir. Ce soir-là, je me fis draguer plus d'une fois. Récuperai un certain nombre de numéros de téléphone. Accordai des danses à des mecs que je ne reverrai probablement jamais. Je plaisais aux hommes. Pourquoi devais-je m'en priver? Alors je dansais, draguais sans me soucier des conséquences car cela s'arrêtait à la discothèque. Nul homme n'avait le droit de me raccompagner ce qui ne leur plaisait pas forcément, me faisant pour la plupart du temps insulter de salope.
Une fois rentrée chez moi, le calme me pesa. Je me couchai et m'endormai aussitôt.
En semaine, les cours et la vie quotidienne m'emprisonnaient dans une routine imbrisable, ce qui m'empêchait de penser à autre chose qu'à moi-même. Blouse, gants, lunettes...la chimie me prenait tout mon temps. Ainsi, je ne pensais pas aux hommes, aux tracas qu'ils pouvaient me causer.
Une semaine après la discothèque, je reçus un texto de Victor me disant qu'il partait six mois loin de la France. Bien que j'eus un pincement au coeur, je repris ma vie comme elle l'était: routinière et hasardeuse.
Debout dès 6h00 du matin, je prenais mon petit déjeuner aussitôt levée, ensuite je me lavais les dents, le visage. Puis, je faisais mon sac pour la journée, me préparais de quoi manger le midi et partais de chez moi. Je me garais sur le parking de l'école. J'entrais dans la classe et y voyais mes camarades, Agnès, Isabelle, Charlotte et Sam. On discutait de ce que nous avions fait le week-end précédent en attendant l'arrivée du prof.
Une fois le professeur arrivé, je suivais attentivement le cours, sauf certains que je trouvais inintéressants. De temps en temps, je m'endormais pendant les cours. Et si mon voisin en face de moi aimait se retourner afin de jouer avec moi pendant mon sommeil, en prenant mon stylo et me le retournant par exemple, les professeurs, eux, ne remarquaient pas ce manque de concentration, ce qui m'allait très bien.
Telle était ma vie au quotidien, seuls les cours changeaient au fil de la semaine.
Les cours me passionnaient, mais cela ne me donnait pas envie de continuer dans cette branche. C'est pourquoi je cherchais à réaliser mes rêves: écrire, chanter et danser. Mais, je ne trouvais pas ce que je voulais. Je voulais trouver un groupe qui accepterait une chanteuse comme moi, ce que je ne trouvais pas. Alors, je cherchais au niveau du théatre, savoir s'ils ne cherchaient pas des jeunes chanteurs, danseurs amateurs pour créer une comédie musicale, ce que je ne trouvais pas non plus. Je me raccrochais à ce qui me restait: l'écriture.
Je pouvais passer des heures devant mon ordinateur à écrire des petites histoires. Celle de la tueuse à gages était ma préférée. L'idée qu'une jeune fille doive tuer celui qu'elle aime et qui ne le fait pas au final mais abandonne cet amour est magnifique. Il y avait aussi celle du chat.Une jeune fille écrasa le chat de son ex et dut le remplacer... Je me raccrochais à des histoires sorties tout droit de mon imagination pour me dire que ma vie n'était pas si terrible.
Pourtant, je me sentais seule. Le fait était là, clignotant comme une enseigne de magasin. J'étais seule. Je me devais de faire confiance aux autres.Je voyais un paradoxe entre le fait que j'aimais plaire et que je ne faisais pas confiance aux autres. Je ne savais pas d'où venait cette gêne qui me faisait repousser tous les hommes qui se collaient trop à moi.
Je me posais souvent ce genre de questions. Et je ne cherchais pas les réponses. Je faisais tout pour éviter de répondre à ces questions, ayant trop peur des réponses et des conséquences destructrices que cela amènerait. Je continuais donc de vivre normalement.
Un lundi matin, au réveil, je ne me sentis vraiment pas bien. Je fonçai donc aux toilettes, ressortant ce qui restait dans mon estomac. J'appelai l'école pour leur dire que je ne pourrais pas venir en cours ce jour-là. J'allumai la télé regardant les dessins animés, envoyai un texto à Agnès pour qu'elle prenne mes devoirs de la journée. Ma journée se passa entre les toilettes et le salon où je dormis tout l'après-midi.
Le mardi suivant, mon état ne s'améliora pas. J'appelai donc ma mère pour lui demander ce que je pouvais avoir. N'étant que fatiguée et prise de vomissements, elle me dit que cela devait être une indigestion. D'accord, une indigestion cela doit passer en une journée, mais deux cela faisait beaucoup. Je restai donc à l'appartement tout le mardi.
Le mercredi, je me sentis mieux et retournai en cours. Les copines me posèrent plein de questions concernant mon absence de deux jours. N'ayant pas de certificat médical pour justifier mon absence, j'eu un zéro au devoir d'anglais du lundi. Je suivis les cours tranquillement très éveillée. Le midi, je fis preuve de beaucoup d'énergie, trop pour les copines qui durent me calmer. L'après-midi, je devins insupportable. Je parlais à toute vitesse. Sam me fit la reflexion:
« Tu es sûre que tu étais malade? Tu n'as pas fait autre chose...des folies de ton corps qui te rendraient joyeuse le lendemain????? »
« Non, crois-moi cela fait bien longtemps que j'en ai fait, des folies de mon corps » Lui répondis-je au tac au tac,
A vrai dire cela faisait déjà un mois et demi... Je ne m'étais pas aperçue de cela. Un mois que Victor était parti. Je me mis à penser à lui. Que faisait-il? Pensait-il à moi?
Charlotte me sortit de mes réflexions par ses habituels gémissements sur la pudeur et l'amour:
« -Comment pouvez-vous penser que LJ soit aussi dévergondée que ça? Voyons, vous pensez sincèrement qu'elle aurait osé sécher les cours pour assouvir ses fantasmes avec un mec qu'elle connaît à peine?
« -De toute façon avec qui voulez-vous que je couche? Leur demandais-je.
« -LJ arrête avec ça, tu sais très bien que tous les mecs sont à tes pieds et tu n'en profites même pas. La dernière fois, c'est Thomas qui t'a demandé et tu as entendu ce que tu lui as dit? Dit alors Isabelle.
« -Je suis désolée mais je suis très bien toute seule. Dit Agnès en m'imitant.
« - Mais je n'ai jamais demandé à être comme ça. Je vous donnerais bien une partie de moi si je le pouvais. »
« -Lola John Elmo, ça suffit.
« -Sam, arrête on dirait ma mère.
Sur cette réflexion, on rigola. Ainsi passèrent les quatre heures de travaux pratiques.
Les deux jours suivants je fus tout aussi en forme, exaspérant les plus bavardes. J'eus même une réflexion de Delfine Maleau réputée pour être la plus bavarde de la classe:
« Ca te dérangerait de te taire?
Enfin arriva le week-end. Je restai à l'appartement, ne voulant pas rentrer chez mes parents. J'invitai Agnès, Charlotte et Isabelle chez moi, Sam ne pouvant pas venir. On discuta de tout et de rien mais surtout de notre sujet favori: les garçons.
« - Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as refusé de sortir avec Thomas? Me demanda Agnès.
« -Je ne le sais pas moi-même, je ne suis pas attirée par lui. Ce n'est pas chimique entre nous c'est tout.
« - Ben moi s'il me proposait je sortirais avec lui.
« - Oui mais Isa, tu sais très bien qu'il ne te le proposera jamais, parce que tu sors déjà avec Florian. Tu sais, le mec super costaud, brun aux yeux marrons qui te suit comme un petit chien...
« - Oh Lottie, tu étais obligée de me le rappeler.
« - Je ne comprends pas pourquoi tu restes avec puisque tu ne l'aimes pas...
« - Mais, c'est parce que c'est un bon coup au pieu.
« - Oh les filles, vous n'êtes vraiment pas raisonnables.
« - Lottie, on n'a pas besoin de tes leçons de morale, tu sais il existe quelque chose de très bien : préservatifs et pilule. Au fait, LJ tu ne t'y es toujours pas mise.
« - Pourquoi je prendrais la pilule si je n'ai pas de relation sérieuse avec un mec?
« - Mais, au cas où justement tu sors avec un mec avec qui tu envisages une relation sérieuse, tu seras prête comme ça.
« - On ne peut pas changer de sujet de conversation, moi et le sexe, vous savez comment je suis. »
Je remerciais intérieurement Charlotte de son intervention. Je n'aimais pas qu'on me parle de ce que je devais faire.
Suite à cette discussion, nous parlâmes de ce que nous allions faire après le BTS. Charlotte pensait continuer afin de devenir pharmacienne, Sam elle pensait s'arrêter et enchaîner directement dans une entreprise, Isabelle, tout comme moi ne savait pas ce qu'elle ferait. Elle pensait sûrement travailler dans la cosmétique ou la parfumerie. Moi, je me voyais bien professeur.
Nous enchaînâmes sur nos cours, nos passe-temps favoris, de nos parents, de nos frères et soeurs. On se raconta aussi nos souvenirs d'enfance. Lottie s'était cassé la jambe en suivant son grand frère dans un arbre et en en tombant. Isa avait vu un accident de moto sous ses yeux et en avait une peur bleue depuis. Agnès avait été mordu par un serpent dans un zoo et avait porté plainte contre ce zoo, où elle ne gagna pas, ce qui la dégoûta à vie des endroits animaliers. Je leur racontai que moi je m'étais perdue à Vologne pendant un voyage scolaire. On discuta tout au long de l'après-midi. Le soir venu, on s'installa dans un bar où l'on commanda des monaco. Agnès et Isa ne se privèrent pas de regarder tous les garçons. Moi je savais que la plupart d'entre eux me regardaient mais je n'y faisais pas attention. Lottie, elle, ne fit rien.
Un jeune homme aux yeux bleus vint m'aborder. Il me proposa un verre, je lui refusai, car je devais reconduire les filles après. Il me parla de lui, il s'appelait Romain, il avait 23 ans, me trouvait super sexy... Pendant qu'il me parlait, je sentais son parfum, typiquement masculin. Soudain, son parfum me retourna l'estomac et je dus foncer aux toilettes pour rendre tout ce que je venais d'avaler. Les filles accoururent, me demandant si ça allait. Je leur demandai alors de demander un verre d'eau. Je passai une bonne demi-heure dans les sanitaires. Isa, Agnès et Charlotte me tinrent compagnie pendant tout ce temps.
Une fois calmée, nous payâmes nos consommations. Le barman me fit faire un éthylotest qui s'avéra négatif, n'ayant bu qu'un monaco. Nous montâmes à mon appartement, les filles ne me quittant pas des yeux. Je regardai l'heure. 00H00. Très fatiguée, je dis aux filles que j'allais me coucher et qu'elles pouvaient rester à parler. Je me couchai et m'endormis aussitôt.
Le lendemain matin, les filles dormaient tranquillement. Je voulus préparer le petit-déjeuner, mais en ouvrant le frigo, je fus prise à nouveau de nausées. Je laissai donc tomber l'idée de me faire un chocolat chaud. Je retournai dans ma chambre afin d'y faire mes quelques devoirs. Je sortis donc mon agenda et ce dont j'avais besoin.
Une fois mes devoirs de la semaine suivante terminés, je regardai ce qu'il y avait à faire pour les semaines suivantes. Comme il n'y avait rien à faire, je feuilletai mon agenda à la recherche de petits mots des copines. Cela me ramena trois semaines en avant, où il y avait un mot de Charlotte me disant des bêtises sur l'amour et le bonheur. C'est alors que je le remarquai, un petit point rouge, en haut à gauche. Et c'est là que j'eus un déclic. Je jetai un coup d'oeil au calendrier au début de l'agenda, où j'y mettais un point rouge quelques jours par mois.
De stupeur, je lâchai l'agenda. J'avais trois semaines de retard. Moi qui avais toujours été régulière, moi qui n'avais jamais un seul jour de retard. Prise à nouveau de nausées, je me précipitai aux toillettes, réveillant au passage mes amies.